mardi 29 mai 2007

Le cinéma de Papy Castor #1

C'est l'été, c'est les vacances, on a envie de se détendre, et on de créer une rubrique récurrente. J'annonce donc la création de la "partie" Le cinéma de Papy Castor. Une rubrique où je parlerai bien, à peu près sérieusement (parce que pour Children of Men et Donnie Darko c'était fun, mais pas spécialement chouette) de films que j'ai vu et dont j'ai envie de parler (je vais pas m'amuser à écrire sur tous les films qui sortent au ciné, sinon on a pas fini). Cette rubrique ne sert évidemment qu'à me faire mousser, me sentir important, bre à me la péter comme pas possible.

On commence avec :



Silent Hill, donc.

Attendu par une horde de fans de la série (dont moi), annoncé à partir de 2003, tourné en 2005, sorti en 2006, Silent Hill avait fort à faire pour contenter les fans du jeu. Mais le projet étant confié à Christophe Gans, réal' à forte tendance fanboy et geek (il était le boss de Starfix et Impact, deux des plus gros magazines de cinéma de genre des années 80-90), l'espoir naissait sur le net. Et chez moi aussi, parce que bon quand même y'a pire que Gans. Son gros problème, c'est qu'il est capable de faire des trucs géniaux, la plupart du temps en mise en scène (Dacascos dans la grotte), comme des trucs ridicules, la plupart du temps au niveau du scénario ou des dialogues ("Monsieur, vous vous moquez !" -> LOL). M'enfin il est fan du jeu, donc ça rassure un peu.

Et ça se voit qu'il est fan du jeu. Le film est extrêmement fidèle au jeu, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c'est qu'il n'a pas fait de la série un actioner bourrin où on latterait du dobermann à coups de Rangers sur du neo-metal hadeubal. L'esprit du jeu, à savoir le trip solitaire et mélancolique dans un environnement désert totalement glauque et dégueulasse, est plutôt bien respecté. Tout est là, Pyramide Head (enfin non, mais brèfle, j'y reviendrai), la solitude (enfin non, mais brèfle j'y reviendrai²), la sirène, le passage dans les ténèbres, la violence viscérale, les murs décrépis et même les Grey Children ! De plus, Gans a été malin et n'a pas fait que transposer bêtement le premier épisode sur pellicule. Il a simplement récupéré la carcasse scénaristique du jeu et a non seulement repiqué quelques concepts des autres épisodes (Pyramide Head), mais a modifié quelques éléments comme par exemple avoir fait du héros, une héroïne. Astuce qui permet au film de se démarquer de la série, sans pour autant la renier.
Si reprendre l'univers de la série était quand même le minimum syndical, Gans va trop loin en se bornant à reprendre une partie des codes narratifs propres aux jeux vidéo. C'est de cette façon que l'on se tape une séquence explicative de 5 ou 6 minutes, où Gans nous explique bien TOUT ce qui s'est passé dans la ville. Si pour un jeu vidéo, potentiellement plus "long" qu'un film, ça passe largement (ces scènes étant de plus, des récompenses, permettant au joueur de souffler un peu), dans un film de 2h et quelques, c'est beaucoup plus redondant. De plus, le côté "viens je te prends par la main petit spectateur et je t'explique tout", c'est extrêmement lourd. Le reste des codes narratifs et esthétiques vidéoludiques sont moins patauds, mieux intégrés, que ce soit Rose qui court dans la rue, Rose qui cherche des indices, Rose qui mémorise un plan, Rose qui trouve une clé. MAIS cela fait d'elle un simple avatar. On n'a aucun véritable attachement pour elle, et donc les scènes dramatiques, en dehors du début et de la fin, ça nous passe au dessus de la tête.

Sans compter que Gans plombe complétement le film en casant (enfin ce sont surtout les prod' qui l'ont voulu) une sous-intrigue avec le mari de Rose qui ne sert strictement à RIEN. Mais vraiment à RIEN. Alors non seulement ce qu'on y apprend, on le sait déjà en réfléchissant un peu, mais alors thématiquement ça n'amène rien (déjà que le film n'est pas spécialement bien loti à ce niveau-là) :

Salut, c'est Sean Bean. Dites je cherche ma femme là. On est à la 24è minute du film et elle est toujours pas revenue. Alors voila je m'inquiète un peu quoi.

Allô chérie ? Ouais c'est ton mari Sean Bean. Ouais. Oui oui "tut tut" aussi oui. Bon écoute je serais en retard pour le dîner, je dois aller te sauver la vie là. Allez bisoux partout.

- Bon écoutez Monsieur Sean Bean, ça fait 10 minutes qu'on cherche là, elle est pas là votre femme. Le mieux c'est que vous nous laissiez faire. Rentrez chez vous. - Euuh ok.

Allô chérie ? Tu vas pas le croire. Notre fille a été adoptée ! Et elle a une soeur jumelle ! ... ... Pourquoi tu me réponds jamais ? Tu me fais la gueule ?

- Bon écoutez, je vous ai dit de rentrer chez vous. Alors soit vous le faites, soit je vous fous en taule. - Ok je me casse.

Ahhhh foi de Sean Bean, j'ai bien mérité un bon repos !

Et le pire, c'est que j'ai à peine forcé le trait, entre Sean Bean qui téléphone dans le vide, Sean Bean qui découvre des trucs ahurissants, Sean Bean qui fait trois trucs pour rien et retourne chez lui... Mais le plus gros problème avec cette sous-intrigue minable, c'est qu'elle flingue totalement l'immersion dans le récit, puisqu'elle intervient souvent en plein milieu d'une autre scène où Rose est en train de craquer, ou d'essayer de survivre. Et s'il n'y a pas d'immersion, y'a pas de flippe ! Et ouais coco ! En réalité, ce qui est chiant avec ce film, c'est qu'il alterne entre scènes géniales (celle sur les marches de l'église bordel !), scènes chiantes (Sean Beeeeaaaaaan), et dialogues explicatifs assez lourds, directement tirés de la structure du jeu (les fameuses cinématiques), ce qui donne un rythme bancal au film, et le fait passer pour un chouette film à vignettes ("oh oui la scène avec Pyramide Head !" "ahhh ouais ! la scène où Alessa bute tout le monde !").

J'ai parlé de la grande fidélité esthétique à l'univers de Silent Hill. En découlent donc des décors hallucinants, une bande son géniallissime (hého Akira Yamaoka quand même), la photo bien comme il faut. La ville respire la pourriture, les plans gores ne sont pas simplement funs, mais participent vraiment à la cohésion graphique de la franchise, les organes internes sont dévoilés, les victimes de Pyramide Head écorchées vives, la violence est viscérale, et non pas fun. Bref esthétiquement, rien à dire le film pète. Mais bien hein. Du genre tu regardes le film et tu fais "woooah". Et puis la sous-intrigue avec Sean Bean reprend. Non vraiment, niveau esthétisme et mise en scène pas grand chose à redire hein, y'a des plans géniaux comme :


Si la patte esthétique et l'univers de Silent Hill sont respectés, les thématiques, elles, sont soit totalement mises au second plan, soit surlignées à mort ("Mother is god to the eyes of a child", oui bah merci on a vu), soit totalement nawak et ridicules par rapport à la façon dont le jeu les mettait en scène ("ouhhh les vilains obscurantistes !"). Et je ne parle même pas des thématiques propres à la saga passées à la trappe (culpabilité ? rapport à Dieu ?). On savait que Gans, de par ses nombreuses interviews, n'avait pas pour ambition de faire passer un message fort ou engagé, m'enfin bon Silent Hill c'est un peu un des jeux les plus intelligents au monde, c'est dommage de faire un film aussi peu riche thêmatiquement, alors qu'il y avait vraiment de quoi s'inspirer avec les jeux. Sans compter le problème de consistance des personnages, si les jeux étaient avant tout des drames psychologiques, avec des personnages tourmentés dont l'escapade à Silent Hill va révéler leur psyché et leurs blessures intèrieures, dans le film y'a queud'. Ces fêlures les rendaient profondément réels, paradoxalement beaucoup plus humains que leurs incarnations cinématographiques. Ajoutez à ça le fait que finalement le voyage de Rose reste finalement assez "premier degré", elle est à Silent Hill pour sa fille, elle va la sauver, et revient. Là où le héros de Silent Hill 2 apprenait à vaincre sa culpabilité et le décès de sa femme, Rose est très lisse et finalement assez commune.
Et au fait, ça fait peur Silent Hill ? Ah bah oui un peu. Que ce soit la scène avec les Grey Children ou les deux arrivées de Pyramide Head (bon dieu qu'il a été sous-exploité celui-là, mais ça c'est un pur avis de fan), y'a quelques moments de flippe oui. On pourrait aussi parler des infirmières, sous-exploitées aussi, des effets spéciaux quand même géniaux, du Janitor bien foutu, des acteurs qui sont dans l'ensemble bons (sauf Sean Bean, mais c'est personnel), de la scène gore finale sympatoche et pas si HS que ça, de la scène sur les marches de l'église qui est DANTESQUE (vraiment). Et comme ça jusqu'à 10h du mat', au mépris de ma santé.

Silent Hill, en dépit de sa mise en scène ultra-bandante, déçoit en se flinguant les pattes avec une sous-intrigue hadeubal et des codes narratifs videoludiques pas toujours super bien intégrés au récit. Un beau film creux quoi. Vraiment dommage.

3/6


1 commentaire:

Anonyme a dit…

HIHIHIOOAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRR!!!!!!!!!!!!!! Enfin une bonne critique de film avec humour. Consernant l'hesthétie du film et ses faiblaisses narative je suis tout à fait d'accord et pour sean bean...il à beau être un de mes sex-stmbole...son role tout simplement inutile.
Allez by!